Le voyage de Toubo - 3 Le retour
Six mois de détresse, de prière, de larmes viennent de s'abolir, laissant place à la joie, mais aussi déjà, l'angoisse de l'avenir ! Comment empêcher la récidive ? Toubo me reconnaitra-t-il ? comment supportera-t-il la captivité dans la maison, que tout le monde me préconise, d'une durée de six semaines minimum ? Sera t il encore là demain, seulement ?
Je suis tellement admirative de retrouver mon chat grandi, solide, il s'est tellement bien débrouillé pour trouver de l'aide, des gens pour le nourrir tout le long de ce parcours de presque six kilomètres ? combien de temps a t il passé auprès de combien de foyers ? Comment si jeune a t il pu ne pas périr écrasé sur la grande route qu'il a suivie, tel un Tom Sayers félin en quête d'aventure ?
La dernière famille m'a dit qu'il n'était la que depuis trois semaines environ, faut il les croire ? Auraient ils honte de me dire que Toubo était là depuis janvier, et qu'ils ne se seraient pas souciés assez vite de son tatouage ? Je ne le saurai jamais, meme si encore maintenant la nuit, il m'arrive de questionner mon petit matou sur son aventure, il se contente de frétiller d'une oreille mais il ne répond pas...
Je prépare ma petite maison au retour de l'enfant prodigue. Je scotche la chatière, la cache derrière un tissus éponge également scotché sur la porte, je ressors le bac à litière de la cave pour la remettre en place comme autrefois, quand il était tout petit, dans la salle de bains. Je préviens Minette Noire que son bébé est de re tour, mais va t elle l'accepter ? On convient d'une certaine heure, un peu après midi, l'heure où Toubo se présente pour le déjeuner (!) Le papa va l'attirer dans la cuisine avec un bon morceau de poulet, dès que je me serai garée dans l'impasse. Puis refermer la porte fenêtre tout en lui tendant son assiette, et moi, je rentrerai par la porte d'entrée, avec ma caisse de transport. Et on verra.
La maman (moins malade et décrépie que sa fille me l'avait laissé entendre - c'est surtout la fille qui souffre d'acouphènes et d'allergie aux ondes. Elle vit avec un casque d'aviateur toute la journée... ) vient m'ouvrir la porte. et je m'approche de la cuisine. Il est là, en train de dévorer son poulet, je rêve... il tourne la tête vers moi, et nos regards se croisent. Je sais qu'il me reconnait, et reconnait ma voix qui lui dit c'est bien toi ? Il me fixe deux secondes, et comme je m'approche, soudain pris de panique, il s'enfuit vers l'escalier ! Mais s'arrête sur une sorte de palier protégé par une barrière en bois. il est légèrement plus haut que moi, ce qui le rassure, il continue de me fixer sans émettre le moindre son. J'approche alors le bouquet de plumes qui l'amusait tellement, des plumes de cygnes que j'avais ramassées près du lac de Miribel, et attachées par un élastique pour cheveux. Il le hume profondément, voilà, il s'en souvient ! je lui parle encore, doucement... mais je fais l'erreur de vouloir le toucher et là comme un fou il dévale l'escalier, fonce dans le salon, se heurte aux vitres de la baie, saute, et saute encore, toujours en silence et enfin il reprends l'escalier et va se réfugier à l'étage, sous un lit ou dans la salle de bains... On se regarde tous les quatre, perturbés par cette scène violente et inattendue... J'ai l'impression que je baisse dans leur estime, mais ils se reprennent bien vite devant ma déception... Je saurai plus tard que Toubo était encore en mode survie, incapable de communiquer vraiment, je comprendrait qu'il m'a reconnue, mais dans ce cadre étranger, il m'a prise pour un fantome (le chat est par nature attaché à sa maison, et son humain en fait partie !)...
On a convenu de lui laisser du temps. Je reviendrai une ou deux fois pour qu'il s'accoutume à me voir chez eux, et ce fut fait. Le dimanche, je suis allée avec ma fille prendre le goûter sur la terrassse. Et nous n'avons pas tardé à voir la tête de Toubo émerger des buissons en contrebas, pour assister à la scène... Mais il ne s'est pas approché...
La famille partait en vacances dans quelques jours. Il fallait agir. J'ai redemandé la cage trappe à l'association, je l'ai apportée à la maison, j'en ai expliqué le fonctionnement au papa, et la façon de la préparer... Déjà, laisser la trappe dehors, afin que Toubo s'habitue à la voir. et le jour convenu, placer l'appat à l'endroit idoine, installer le piège... et laisser entrer le chat, attiré par l'odeur. Ne pas l'avoir nourri depuis le matin, et en petite quantité. Avec ma fille, on attendrait la fin de l' opération au supermarché voisin.
Cela n'a pas trainé. On a fait rapidement quelques courses, l'esprit ailleurs, et quand on fut à la caisse... téléphone de Muriel (la fille) : C'est bon, il est dans la trappe ! On reprend la voiture, je tremble, se débat-il ? devient il fou comme la première fois ? Eh bien non, quand nous arrivons, je le vois dans la cage, tranquille, en train de manger sa barquette de Sheba, sa marque préférée ! Sans perdre de temps, on salue la famille en se confondant en remerciements, et on charge à grand peine la trappe dans la voiture, comme elle est lourde et difficile à manoeuvrer, très longue et la poignée pas au milieu, si bien qu'elle bascule et je n'ai qu'une peur qu'elle s'ouvre !!
Toubo ton voyage est fini, je ne sais pas encore si tu en seras heureux ou désespéré, si tu retourneras l'état sauvage ou seras de nouveau mon petit enfant, je te prendrai comme tu es.
Arrivées chez moi, on pose la trappe dans le salon. On referme la porte. On laisse passer un moment avant d'ouvrir la cage. Toubo est calme, il regarde autour de lui, sur la table où il venait manger, je pose une assiette avec de la pâtée, et j'ouvre la porte... Et là il saute sur la table direct, et le miracle a lieu ! Il se frotte contre mes bras, mes mains, lui qui ne supportait aucun contact, il se tourne et se retourne, avant de commencer à manger il est certain que cette fois, pour lui, je suis "in the right place" !!



Toutes ces photos ont été prises le premier jour, et montrent que Toubo a réinvesti tous ses lieux familiers : mon lit, le canapé, sous la table, et retrouvé sa maman un peu méfiante d'abord, mais brave fille, elle l'a quand meme adopté sans problème !

Tout se passait si bien qu'au bout de cinq jours, n'y tenant plus (on était au coeur de l'été!) j'ai ouvert la porte vers le jardin... Le comportement de ce phénomène de chat était tout à fait normal, adapté, de nouveau il dormait avec moi, jouait avec ses plumes, mangeait de bon appétit. Il rôdait bien autour de la porte, mais sans faire de caprice. Content d 'être chez lui.
Alors si tout était si simple... Je l'ai pris dans mes bras pour le promener dans le jardin, lui ai montré la terrasse, l'abri, ma voiture nouvelle pour lui, et les choses se sont faites toutes seules.
Bien sur il a fallu des mois pour que je lui fasse confiance, et le laisse sortir sans m'angoisser. Très longtemps je l'ai appelé dès que je le perdais de vue, et il venait à mon appel. Tous les soirs. La plupart du temps il rentre de lui meme, mais s'il tarde trop, je sors, avec la torche du téléphone, et je l'appelle dans la rue. Il revient en galopant, ou au contraire, fait durer le plaisir, s'arrete, refuse de rentrer, alors je reviens une demi heure plus tard...
IL ne se plait plus dans sa pension de luxe. Je l'ai compris au bout de deux fois, deux petits voyages de trois ou quatre nuits où j'ai préféré le savoir en sécurité. Eh bien l'hotesse est restée cette fois plus évasive, j'ai compris qu'il était resté seul à se morfondre et quand on me l'a rendu dans sa valise de transport, il s'est mis à "parler" comme jamais il ne l'avait fait, une langue inconnue, extatique, fou de joie, ou en colère ? non, heureux de me retrouver, bien sur. ... La seconde fois, en arrivant devant la porte de la pension, il a reconnu le lieu et s'est mis à "pleurer" comme jamais il ne l'avait fait, aussi... comme un enfant, oui, il "chouinait" mais avec une terrible sincérité ! Je ne pouvais plus reculer mais je me suis jurée de renoncer à la sécurité de la pension. A jamais.
Maintenant, quand je pars, il reste à la maison (mes voisins font tous de meme et encore, n'ont pas de chatière, alors le chat reste dehors !! ) Ma fille n'habite pas loin et passe deux fois par jour, et chaque fois elle voit mes chats, me rassure en vidéo... j'ai appris à lui faire confiance. Il ne repartira plus. Et il garde la maison, mon petit ange gardien... Il est patient, il attend mon retour, il sait que je reviendrai.
"Dieu est l'âme des animaux" - cette citation de Fernando Pessoa guide mon amour pour ce chat d'exception. Ce mantra n'est pas de lui mais d'un "obscur scholastique " du haut Moyen-Age. "Deus est anima brutorum".




Le village est très étendu, l'habitat fait de maisons anciennes et nouvelles, sans lotissements, à part un ou deux tout récents, faits de maisons blanches et carrées, façon "architecte", où je trouverai la première piste. Suis-je déjà passée là ? L'hiver froid de cette année-là confine les gens chez eux, alors je m'adresse au réseau social local "Vivre en Côtière".
ET puis j'ai un appel d'une jeune femme qui vit dans un des lotissements "modernes" et qui voit régulièrement un siamois, qui vient chiper la nourriture de ses chats ! Elle s'arrange pour le prendre en photo, de nuit, car il ne vient que la nuit tombée. Bien sur j'aimerais y croire, mais je sens que ce chat n'est pas Toubo. Surtout qu'elle ne peut pas dater le début de sa présence, et que d'autres habitant le voient depuis un certain temps... Anne aussi suit la piste, ma maison n'est qu'à 100 mètres à vol d'oiseau de ce lotissement, il se peut que Toubo, passant par les jardins, ai rejoint par erreur ce lieu de vie où il trouve de quoi manger ? Elle vient chez moi, elle ressent chez ce matou de la détermination, un caractère têtu, elle le prend pour Toubo, avec plus de certitude que moi.

Si je regarde le visage de ce matou, c'est Toubo que je vois... Curieusement, quand j'ai mis la trappe au coin d'une ruelle en face le lotissement, garnie de thon en boite, il m'attendait déjà. Je me suis éclipsée un quart d'heure en retournant dans ma voiture pour me protéger du froid (on devait être début février) et il était là, tout sage... Il faisait si sombre que je n'ai pas pu distinguer s'il était tatoué ou pas. Alors je l'ai emmené chez moi et j'ai posé la trappe sur la table de la terrasse. A propos, la responsable d'une association m'avait prêté cette trappe à ragondins pour l'occasion. Mais il n'était pas tatoué, et pas castré... De là à penser que j'avais devant moi le père de Toubo, il n'y avait pas loin ! Surtout que Minette noire s'est approchée et s'est enfuie aussitôt en crachant son mépris et sa peur !! Deux ans après, la bête est toujours là, dans ce lotissement, il n'est à personne, comme naguère Minette Noire, et comme, sans doute, mon Toubo perdu... J'ai du retourner au lotissement et libérer le matou, piste close...
Et alors c'est le choc, le gros choc. Bien sur que c'est Toubo cette fois, c'est lui le chat de la route 84, de la pharmacie, à six kilomètres de chez moi ! Et le tatouage... mais je suis surprise par sa tête aussi noire d'où sortent ces yeux bleus hallucinants !! je pleure, je tremble, je contacte Maelys ou ma fille le fait à ma place, on a maintenant l'adresse et le téléphone de ceux qui ont fait cette trouvaille énorme ! un couple de retraités et leur fille, qui nourriraient ce chat depuis... trois semaines seulement. Et le voyant tatoué, ne pouvant pas attraper le chat, se souviennent de l'annonce de Maelys, plus récente que la mienne etc etc...



Voici mon adorable bébé, et sa belle maman, il était né le 9 avril 2021, et très vite avec ses frères et soeurs, ils ont eu envie de trotter à l'extérieur. L'adaptation a été faite progressivement, pour qu'ils s'impregnent des lieux et ne se perdent pas. D'ailleurs, je ne les quittais guère des yeux, et je les rentrais au bout d'un moment.














Le concert fut très beau ! Puis je suis rentrée par le parc mouillé d'une pluie estivale, chaude et douce. 


















Un quartier agréable et tranquille, tout proche du centre historique ! 

et un petit déjeuner incroyable avec des saveurs nouvelles, des expériences inoubliables !






































J'avais pu me renseigner sur l'arrêt de bus le plus proche de la colline de Perlan, à la gare routière pas loin de mon hôtel. Le bus m'a laissée en bas de la colline, si bien que j'ai pu faire la petite marche à travers bois qui monte au réservoir. Bois est un bien grand mot, car les sapins et autres essences me semblent bien maigrichons. Sont-il enore en croissance ou arrivés au maximum possible sur cette terre aride ? Pour le retour, j'emprunterai la navette gratuite qui passe près de l'Hôtel de ville et de Harpa. L'entrée est gratuite, seul le centre de documentation est payant. Mais je venais surtout pour la vue, et la partie récréative de cet étrange bâtiment. Sur la photo, on distigue les six citernes disposées en étoile autour de la coupole en verre. Les aménagements sont encore récents et il y a encore quelques travaux en cours.




























Une touriste esseulée elle aussi me propose de me photographier, et elle en retour. c'est toujours sympa de ne pas systématiquement utiliser les selfies !
J'ai fini par m'y sentir chez moi, Harpa n'est pas loin du centre ville, lui meme très réduit, pendant les soirées froides (11 degrés environ en mai) j'aimais venir là me reposer sur les sièges confortables, utiliser les toilettes en sous sol, regarder les affiches, monter sur les gradins ou observer la mer à travers le prisme des vitres armées...

